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Catch Bolivien : Quand les femmes combattent racisme et sexisme sur le ring

  • Par felix-g
  • Le 12/04/2017
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Flying cholitas

 

Le monde du catch est divisé en trois pôles majeurs : les Etats-Unis, propriété officieuse de la WWE ; le Japon, dominé par la NJPW notamment ; et le Mexique, partagé entre la traditionnelle CMLL et la plus moderne AAA. Chacun de ces pôles comporte des caractéristiques spécifiques et des attraits différents, et chacun a influencé ou influence le développement du catch dans d'autres pays. Le catch américain s'est répandu au Canada et à Porto-Rico, et sert aujourd'hui de modèle à la remontée fulgurante du catch britannique (et européen en général, pour ne pas oublier l'allemande wXw). En plus de quoi, il sert de base à des petites promotions traditionnels ou éphémères s'étendant de la France à Hong-Kong, en passant par l'Italie, l'Afrique du Sud, la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Le Puroresu nippon, quant à lui, reste majoritairement inhérent à son pays d'origine. La Lucha Libre latine a, elle, su conquérir toute l'Amérique du Sud, en particulier le Brésil et le Chili. Néanmoins, depuis une quinzaine d'années, c'est en Bolivie qu'est né un nouveau genre de catch, mélangeant Lucha "old-school" et progrès social. Un catch féminin qui ne cesse de briser les stéréotypes en dehors du ring - une vraie "women's revolution" !

Cholitas wrestling 2  A l'aube des années 2000s, alors que le catch mexicain et le catch américain (majoritairement celui de la WWF/E) se démocratisent à la télévision, le catch local de Bolivie peine à remplir continuellement ses salles. Juan Mamani, promoteur de Titanes del Ring à Alto, en banlieue de La Paz, décide de tenter l'innovation : il introduit du catch féminin au menu, mais pas n'importe lequel. Il engage et entraîne des femmes d'ethnies indigènes, Aymaras ou Quechuas, que les boliviens nomment crudement "cholitas", les "métissées". Si la récompense n'est pas glorieuse (l'équivalent de quelques dollars pour un combat deux fois par semaine), l'idée est bonne et fonctionne. Le public d'Alto, majoritairement pauvre, revient en masse pour voir ces combats de chiffonnières - "rudas" (les méchantes) contre "tecnicas" (les gentilles) - en robes traditionnelles (les "polleras"). Pour les Cholitas, c'est une façon d'être vues comme plus qu'une "métisse", et de surpasser ce racisme quotidien. En somme, elles permettent de véhiculer aux autres femmes, dans les gradins, un message fort : une femme peut avoir des ambitions, s'imposer et surtout une femme peut se défendre, y compris contre les hommes. Une leçon importante pour un pays qui a attendu mars 2013 pour punir comme il se doit la violence domestique faite aux femmes.

Suite à ce phénomène du "Cholita Wrestling", le terme "cholita" est ainsi passé d'insulte raciste et sexiste du langage courant, à une qualification valorisante voire inspirant le respect. Les femmes indigènes peuvent désormais être vues comme des femmes fortes et indépendantes (car souvent mères célibataires et indépendantes), cumulant un travail et un réputation - celle de catcheuse.

Cholitas wrestling 1

En 2006, le documentaire The Fighting Cholitas, primé dans de nombreux festivals internationaux, capte cette nouvelle mode locale. La pratique atteint un nouveau niveau de popularité, de nombreux touristes occidentaux sont attirés par ces curieux combats. Néanmoins, ce succès rencontre des difficultés. Un certain machisme de la part des promoteurs montre le bout de son nez. Carmen Rosa, la star de Titanes del Ring, monopolise les rings, traitant durement les autres, déjà assez mal payées. En 2011, la majorité des Cholitas quittent alors la promotion pour former la leur : Cholita Wrestling, aussi connu sous le nom de Fighting Cholitas (reprenant le titre du documentaire). Dirigé par un couple, l'un entraîneur et l'autre cholita vétéran, le groupe ne produit que du catch féminin - le seul aujourd'hui à présenter du "Cholitas Wrestling".

Une belle démonstration de féminisme - qui néanmoins, a encore du progrès à faire en coulisses, selon les pratiquantes (voir ci-dessous) - qui reflète curieusement les nouvelles tendances politiques du pays. En 2014 (cf. lien plus haut), 53% des membres du Parlement bolivien, et 47% des membres du Sénat, étaient des femmes. Une belle preuve de la nouvelle place des femmes dans ce pays, et peut-être, qui sait, de l'influence du catch sur les idées et les moeurs ?

 

 

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