* Pour leurs contributions à une branche particulière du monde du catch *
♦ Catch japonais (Puroresu) = Jumbo Tsuruta (RIP)
Avant Keiji Mutoh, Mitsuharu Misawa, Kenta Kobashi, Hiroshi Tanahashi, Kazuchika Okada ou Kento Miyahara, il y avait Jumbo Tsuruta. Il était ce qu'Okada est à Gedo pour Giant Baba. Les principales fondations de l'All-Japan Pro-Wrestling se sont faites autour de lui, bien avant que les "quatre pilliers du Paradis" règnent sur la compagnie de Baba. Il était son champion pour combattre les "gaijins" durs à cuir venant du quatre coins du monde comme Billy Robinson (Alt Hall of Famer 2017), Terry Funk, Nick Bockwinkel, Mil Mascaras (Alt Hall of Famer 2016) ou encore Bruiser Brody. Jumbo Tsuruta représentait déjà ce qu'était un 'Ace' avant que le terme ne se démocratise : grand (comme Baba les aimait à l'époque), physique solide, charismatique à souhait, un in-ring impeccable et surtout hyper populaire auprès des fans qui jouaient des coudes pour voir la "rising star" des années 1970. Pour preuve, il a été le premier catcheur à unifier les Pacific Wrestling Federation, NWA United National & NWA International Heavyweight Championships, donnant naissance au légendaire Triple Crown Championship. Et il a été également le premier catcheur japonais à remporter le AWA Heavyweight Championship, alors promotion américaine concurrente de la WWWF. Il a même représenté le Japon lors des Jeux Olympiques d'été de 1992 dans la catégorie de lutte amateur !
♦ A LIRE : Il était une fois au Japon, Jumbo Tsuruta ♦
A la fin de sa carrière, il aidera à passer la main à deux catcheurs désormais considérés comme des légendes eux-mêmes - Genichiro Tenryu et Mitsuharu Misawa, à travers deux rivalités d'exception. Jumbo Tsuruta est sans doute l'un des catcheurs les plus importants dans l'histoire de l'AJPW et du Puroresu en général. Qui sait si l'AJPW serait devenu ce qu'elle est sans Jumbo ...
- Heisenbergbad
♦ Catch mexicain (Lucha Libre) = Negro Casas
En 2017, nous avions recommencé le "rudo" original qu'était Blue Demon. Cette année, nous récompensons le Ric Flair de la Lucha Libre, l'increvable Negro Casas.
Issu d'une grande famille du catch mexicain, Casas a débuté à l'aube des années 1980 sans masque, une rareté pour un luchador. Sportif, il fait fort impression dès ses premiers matches, notamment contre un jeune Fuerza Guerrera (le père du plus connu Juventud Guerrera) et dans une longue rivalité face au célèbre Hijo del Santo (fils du légendaire El Santo). Premièrement attachée à l'EMLL (l'ancêtre de la CMLL), Negro Casas n'hésite pas à aller et venir, remportant de nombreux titres de différentes promotions et affrontant des adversaires aujourd'hui bien connus comme l'Alternative Hall of Famer 2015, Ultimo Dragon.
Dans les années 1990 et jusque dans les années 2000, il s'établit définitivemment à la CMLL (où il catche encore aujourd'hui au top niveau), en devenant l'un de ses principaux "rudos" (ou "heels"), remportant tournois sur tournois et participant même à la première Super J-Cup de la NJPW. En 2008, il établit son propre clan, La Pesta Negra ("la peste noire" dans la langue de Molière), et son rôle de vétéran "rudo" participe à l'établissement de nombreuses carrières, du premier Mistico à Dragon Lee, en plus d'en entraîner de nouvelles. Pas étonnant que Dave Meltzer le compare sans cesse au 'Nature Boy' !
- Félix G.
♦ Catch européen = Doug Williams
Doug Williams est un nom très important trop souvent oublié dans l'histoire du catch britanique. Il voyageait déjà et faisait connaître ce qu'était le style traditionnel anglais bien avant que des Nigel McGuinness ou Zack Sabre Jr. le démocratisent, eux-mêmes inspirés par M. Williams. Parmi les Main-Eventers des premiers shows de la Ring of Honor, et faisant même partie du match pour couronner son tout-premier champion, il a été l'un des piliers du ROH Pure Championship, un concept de "catch pur" très technique qu'il représentait à merveille. Après la ROH, Williams a transmis son style british au Japon à la Pro-Wrestling NOAH, en Allemagne avec la wXw, en Amérique du Nord avec la TNA et même en France à l'ICWA. Mais c'est de son séjour à Nashville dont on se souvient le plus : pour ses deux règnes de champion de la X-Division Title et ses nombreux succès en équipe avec un certain Nick Aldis, alias Magnus.
Qu'importe où il torturait ses adversaires avec son "chain wrestling" parfait, ils glanaient à chaque fois des titres, s'offrant sans aucun doute l'un des palmarès les plus impressionnants et diversifiés pour un catcheur anglais. Avec ses confrères "high-flyers", Jonny Storm & Jody Fleisch, il aura été le porte-étendard du catch britannique et européen, à l'avenir douteux, au début des années 2000 et aura participé aux bases solides qui ont servi au "boom" de la scène indépendant britannique mené par la PROGRESSS, l'ICW et la RevPro, et les Zack Sabre Jr., Will Ospreay, Marty Scurll et autres Pete Dunne.
- Heisenbergbad
♦ Catch américain = Shawn Michaels
Shawn Michaels n'a jamais été le meilleur catcheur de sa génération (salut, Bret !) mais a toujours offert ses meilleurs matches. Mais surtout, s'il est ici nommé "Pionnier du catch américain", c'est pour son rôle précurseur dans la fondation d'un nouveau style de catch, rapide, intense et agile, qui trône aujourd'hui dans les Main-Events des plus grandes compagnies de catch - que ce soit à la WWE avec des Seth Rollins, Daniel Bryan ou AJ Styles ou même à la New-Japan, avec Kenny Omega et les Young Bucks.
Catcheur par équipe de naissance, aux côtés de Marty Jannetty dans les Rockers à l'AWA puis la WWF/E, 'The Heartbreak Kid' n'avait, a priori, ni le charisme ni la technicité experte pour faire une grande carrière solo. Mais profitant d'un bon background de Lucha Libre et apprenant constamment, il a réussi à se forger un cheminement royal dans la deuxième moitié des années 1990 avec des performances de légende dans les deuxième et troisième Ladder Matches de la WWF/E, à WrestleMania X et SummerSlam 1994, aux Royal Rumble 1995 et 1996 puis dans le premier Iron Man Match, à WrestleMania XII. Rapide, explosif et parfois dangereux dans des matches comme le tout-premier Hell In A Cell, Michaels est le véritable pionnier du style actuel touchant même les Kevin Owens et Sami Zayn d'aujourd'hui.
Mais s'il a su inspirer des générations de catcheurs d'un tel acabit, c'est aussi parce qu'il a su aller au-delà de ses propres démons et a su se renouveler sans perdre de son talent : comme le montrent, notamment, ses rivalités contre Triple H puis John Cena dans les années 2000. C'est ainsi qu'il est devenu un véritable exemple à suivre sans vergogne !
- Félix G.
♦ [Comédie] = Les Kellett (RIP)
Si l'Alternative Hall of Fame a déjà su récompenser des styles de catch comme le "high-flying" et le "hardcore", il en est un que beaucoup oubient ou sous-estiment. Le catch comique est pourtant l'un des plus compliqués à maîtriser, tant la blague réside dans le mouvement et l'intelligence de celui-ci dans un contexte technique porté sur une victoire physique (sur un adversaire pas toujours porté sur l'humour).
Si aujourd'hui, le "comedy wrestling" est un peu laissé-pour-compte dans le catch occidental (car au Japon, avec la DDT, il carbure), il n'était pas peu représenté au sein même du catch in-ring le plus cérébral, le "british wrestling" des années 1960-1970. Chuck Taylor, Toru Yano, Ryusuke Taguchi, Kikutaro ou le meilleur élève de tous, Colt Cabana, n'existeraient pas sans les Catweazle, Vic Faulkner et autres Mick McMichael de la grande époque de World of Sports - et surtout, leur maître à tous, Les Kellett.
"Heel" cruel au cours des décennies précédentes, Les Kellett traîne une réputation (kayfabe) de roublard, bien à son avantage, à l'orée des années 1980 à l'approche de la cinquantaine. Dès lors, il en profite pour tricher avec classe et humour, en se jouant des techniques de ses adversaires et en les humiliant face à un public hilare. Car là est toute l'efficacité du "comedy wrestling" de Les Kellett : s'amuser avec son adversaire et son public, sans jamais perdre de vue l'objectif fictif de la victoire. Une intelligence créative in-ring très loin des frasques enfantines de ce pauvre Santino Marella ...
- Félix G.