Top 10 des meilleurs "theme songs" du catch alternatif

"Si on veut connaître un peuple, il faut écouter sa musique" disait Platon. C'est dire l'importance socio-culturelle de la musique, d'autant plus concernant le cas d'un art audiovisuel tel que le catch. Des bande-annonces promouvant les "super-shows" ou Pay-Per-Views et vidéos récapitualtives des plus grandes rivalités avant des matches d'importance aux playlists des jeux-vidéo de catch (ie. WWE), en passant bien sûr pour l'entrée en scène des catcheurs, la musique est aujourd'hui essentielle dans la présentation du catch moderne. Un fan de catch en est imprégné : pour preuve, le YouTubeur LinksTheSun a révélé que son choix - désormais indissociable de sa célèbre chronique Point Culture - d'Animal I've Become, de Three Days Grace, est issu de WWE Smackdown vs. Raw 2007 !

https://pbs.twimg.com/media/DdPud2YWsAA75R4.jpg Après des premiers sursauts dans les premières décennies de la télévision occidentale (avec Gorgeous George puis les Fabulous Freebirds), la WWE/F - pour ne pas dire son ancien compositeur atitré, Jim Johnston - a toujours été le moteur dans la popularisation de ce mode de pensée. Mais avec l'explosion du catch indépendant international (hautement influencé, en Amérique et en Europe, par les choix musicaux de haut acabit de l'ECW dans les années 1990), le catch alternatif a lui aussi ses chefs d'oeuvre sonores (et ses artistes stars ... n'est-ce pas, Marty ?). Des plus grands thèmes d'entrée des grandes compagnies nippones (Shinsuke Nakamura, Keiji Mutoh, Kenta Kobashi, etc) aux refrains mémorables de Bryan Danielson, Kings of Wrestling ou AJ Styles de la grande époque de la Ring of Honor et de la TNA, le catch alternatif possède son propre héritage audio.

Parce que moi-même, je ne peux pas vivre sans musique, je vous propose de découvrir les 10 meilleures thèmes musicaux d'entrée encore écoutables actuellement sur la scène du catch alternatif !

Mention honorable : Nick Aldis - The Gilded Warrior

[MAJ - 10/07/2018] Nick Aldis a réussi à se réinventer sans perdre de sa prestence caractéristique avec Billy Corgan, la web-série Ten Pounds of Gold et son règne de champion du monde poids-lourd NWA. Cette renaissance est ancrée dans une double mythologie - celle de la NWA et celle, plus personnelle, du premier champion du monde poids-lourd anglais - que révèle à merveille ce morceau d'epic metal de Retro Shred. Un sentiment de gloire et de conquête, très médiéval fantastique, du monde par un champion parfaitement positionné entre deux âges et entre deux mondes.   

#10 ex-aequos - Naomichi Marufuji - Hysteric / Tetsuya Naito - Stardust

L'entrée d'un catcheur (ou d'une catcheuse, même si aucune de ces dames ne figurent sur cette liste) donne le ton de la confrontation physique à venir. A l'image de l'agressivité etl'intensité exprimées dans les "theme songs" de Seth Rollins, Kevin Owens ou Dean Ambrose à la WWE - des catcheurs explosifs, violents et imprévisibles.

Avec des titres comme l'historique Hysteric et le génial Stardust, c'est une ambiance folle, de boule à facettes in-ring, à la fois de rapidité et d'agilité sonore (et donc, physique en perspective) mais aussi de finesse et de maîtrise de son art - que ce soit, à l'audio, dans cet électro-rock japonais, ou sur le ring, avec des catcheurs aussi talentueux et surtout aussi polyvalents (endurants, puissants, percutants, rapides et agiles) que Marufuji et Naito.  Deux titres, de deux époques et de deux compagnies différentes, finalement très similaires. Un peu comme Marufuji et Naito ... Oui, finalement, le "tranquilo" caractéristique de Naito se retrouve aussi chez Maru', qui possède le calme et la confiance à la mesure de son excellence in-ring.

#9 - Pentagon Jr. - Thrill Switch

L'entrée d'un catcheur doit aussi définir instantanément le personnage qui s'apprête à apparaître devant la foule et fouler le ring - pour la première fois, pour certains des fans présents dans cette foule. L'attitude, la gestuelle, la lumière, mais surtout la musique, doivent incarner le "groove" global du personnage : les fans habitués seront ainsi instantanément re-situés dans le contexte du combat et les nouveaux fans l'identifieront, de façon plus ou moins interprétée, plus rapidement et pourront donc mieux rentrer et suivre dans l'histoire qui leur est raconté.

Pentagon Jr. - ou Penta El Cero M - est une grande gueule charismatique. Mais à l'origine, il incarne violence et cruauté malsaine. Avec son masque noir et blanc ou noir et rouge le plus souvent, il a une attirance pour l'ombre et la nuit, toutes deux teintées de sang. Il a aussi l'adresse, la dextérité et parfois la zenitude d'un samouraï. En somme, un parfait prédateur, tapis dans l'ombre, avec une pointe d'orgueil. Thrill Switch, aux sonorités rapellant Kavinsky, représente ce "groove" si particulier. Il mélange un son doux et bas, comme la nuit, à un son harmonieux plus tranchant et épique, comme le ronin, le samouraï solitaire qu'est Pentagon dans Lucha Underground.

#8 - Ringkampf (WALTER & Timothy Thatcher) - New World Symphony

La plus célèbre symphonie de Dvorak combine les deux précédentes utilités pour Timothy Thatcher et WALTER. Tous deux, à leur manière, incarnent un certain classicisme in-ring - un catch-as-catch-can old-school, soit dans le "grappling", soit dans le "brawling". Ils sont sérieux, déterminés seulement à battre leur adversaire et à montrer la supériorité de leur style de catch, le "vrai" catch.

La Symphonie du Nouveau-Monde permet aussi de s'immiscer dans cette atmosphère si particulière qu'ils transportent tous deux : une solennité et une supériorité européenne, conservatrice et pourtant ouverte sur le reste du monde.  

#7 - Jimmy Havoc - I Hope You Suffer

La musique d'entrée d'un catcheur n'est évidemment pas fixe : elle peut changer selon les promotions, selon les époques ou selon les personnages qu'ils incarnent (si changements radicaux il y a). La musique d'entrée peut être influencée aussi par l'arc narratif global dans lequel le personnage du catcheur s'inscrit. Dans le cas de Tommaso Ciampa par exemple, c'est l'absence totale de musique qui caractérise la position de son personnage dans la "storyline" l'opposant actuellement à Johnny Gargano. Son thème d'entrée, non pas inaudible mais invisible, est en outre un bon moyen de favoriser les huées des fans à son égard - à la fois de les susciter et à la fois, les laisser participer à son entrée elle-même et donc à la présentation du personnage et de la confrontation à venir.

Dans le monde du catch alternatif, on retrouve un phénomène similaire avec Jimmy Havoc, à la PROGRESS. Havoc a servi d'un Raven augmenté, d'un anti-Stone Cold pour la promotion de Punk Rock Wrestling. Il était au centre de toutes les "storylines". Il incarnait un antagoniste principal d'une haine sans précédent : un anti-establishment empli de vengeance envers une compagnie et des fans le poussant à rester un "deathmatch wrestler" face à son désir de se débarrasser d'une telle réputation. Le légendaire I Hope You Suffer d'AFI est la parfaite incarnation de la situation, du personnage et du sentiment qu'il ressent et exprime. Et parce qu'il a si bien défini Jimmy Havoc, il est encore aujourd'hui son "theme song" même après la fin de l'arc narratif dans lequel il s'inscrivait - c'est dire son caractère iconique !

#6 - Jushin Thunder Liger - Ikari No Jyushin

Et puis, il y a des thèmes d'entrée qui sont indissociables des catcheurs qu'ils accompagnent. C'est le cas du légendaire Junior Heavyweight masqué de la NJPW, Alternative Hall of Famer 2018, Jushin 'Thunder' Liger ! Le look de ce dernier est en effet inspiré du manga éponyme, et le titre musical de son adaptation en dessin animé, très populaire au début des années 1990. Juste après le succès de Tiger Mask et du catcheur éponyme, la NJPW avait cette fois choisie de capitaliser sur un manga pré-existant pour présenter celui qui allait devenir son nouvel "Ace" de sa Junior Division.

Comme il a été étrange de voir, et entendre, arriver Hiroshi Tanahashi sur son nouveau "theme song", Go Ace, et comme il est étrange de faire de même avec celui de Kazuchika Okada (voir RevPro/NJPW Strong-Style Evolved UK), il serait étrange de ne pas fredonner Ikari No Jyushin en assistant à l'entrée en scène de Liger. Une musique épique, évoquant l'action et l'aventure, caractéristique de la culture super-héroïque, shonen-esque, japonaise qui a tant en commun avec le catch surtout avec un catcheur aussi spectaculaire et révolutionnaire que lui !

#5 - Will Ospreay - Elevate

Will Ospreay est peut-être la plus parfaite incarnation du catch moderne. Personne humble, modeste et passionnée, il est un catcheur charismatique, déterminé à atteindre les sommets et à faire valoir sa supériorité stylistique. Sur le ring, il virevolte, risquant plusieurs fois sa vie, avec une aisance et une ampleur sur-humaine et, de plus en plus, sait maîtriser ses adversaires avec des prises puissantes, des soumissions réfléchies et des coups explosifs. De plus, micro en main, ce jeunot parfois un peu maladroit en interview se transforme une fois confronté à un challenger à arrêter ou un champion à détrôner, il se révèle et s'élève.

C'est exactement ce que représente son thème d'entrée, Elevate, composé pour lui par It Lives, It Breathes. Dans le même temps qu'il s'élève dans les airs et qu'il s'élève en tant que catcheur (gain de charisme, de confiance au micro et gain de dimensions in-rings), ils nous élèvent - nous les fans, ébahis et enjoués par ses prouesses. Et parce que ce titre, pourtant assez simple, a lui aussi plusieurs dimensions : c'est particulièrement durant son dernier règne de champion Junior Heavyweight IWGP qu'on a pu le ressentir au mieux. Avec ses sons amples, comme des trompettes, il gagnait une certaine prestence royale en arrivant à chaque défense de titre. 

#4 - Silas Young - United Divided

Silas Young est audieux, lourd, intolérant et impardonnable. Il est le "dernier véritable homme du monde du catch". Il est l'incarnation de la virilité traditionnelle et conservatrice - sale par principe, pleine de sueurs pour marquer l'absence de toute passivité physique et porteuse d'un machisme et d'un dédain obsessionnel. United Divided, de Voodoo Johnson, dans sa sonorité et dans son accent, rappelle le caractère implaccable de cette dureté sudiste datant du Far West.

Silas Young n'est peut-être pas le catcheur le mieux loti - disons qu'il est, en somme, "moyen +" - mais il a au moins pour lui une incarnation (presque trop) parfaite de son personnage de 'Wrestling's Last Real Man' très Stan Hansen-esque. United Divided a en cela extrêmement bien aidé avec sa guitare furieuse et ses percutions lourdes et brutales, graves et viriles. Du bon gros hard-rock, comme j'aime mais surtout comme doivent l'adorer les durs à cuir des bars que Silas Young doit fréquenter !

#3 - Cody - Kingdom

"Le catch a plus d'une ... famille royale". Cette phrase introduisait chaque entrée de Cody (Rhodes) pourrait résumer à elle seule la position princière assumée de Cody, mais Kingdom, la chanson composée pour lui par Downstait (un ancien groupe phare de la WWE), en rajoute une sacrée louche !

Cody est un héritier - celui de Dusty Rhodes, du "made in WWE" d'avant 2011 et d'une abondante culture catch avec des ramifications jusque dans les dernières grandes heures de l'âge des "Territoires". Cody est un prince - il est le successeur d'une dynastie, il en est son espoir mais il incarne aussi le renouveau. En quittant Stamford, rejoignant le circuit indépendant pour la première fois de sa carrière, il a voulu tracer sa propre destinée et contribuer enfin au monde du catch, comme ses ancêtres avant lui. All In en est la preuve la plus flagrante. Et Kingdom en était déjà la prémonition :

"Vous m'avez tout pris,

Je vous ai tout donné.

Vous ne pouvez prendre ma liberté !

Ici pour changer les choses, un étendard douloureux.

Je vais construire mon royaume.

 

Maintenant, vous vous agenouillez devant moi.

Vous avez pris mes rêves mais pas mon nom.

Vous me suivrez jusqu'à la fin,

Je suis mon propre royaume.

 

Vous avez essayé de me dire ce que je devais faire,

J'ai vu la porte et l'ai défoncé.

Je suis passé et l'ai traversé,

Et désormais, vous ne pourrez plus m'arrêter !

 

Je suis le roi et vous n'êtes que la couronne,

Maintenant, regardez-moi prendre le trône,

Et régner sur mon royaume."

Cette chanson incarne Cody, la réalité mais aussi l'arrogance égocentrique de son personnage, parfaitement. Il veut défier la WWE qui a essayé de le brimer et lui prouver de quelle trempe il est. Dans le même temps, il veut montrer aux fans de catch ce qu'il a dans le ventre et surtout dans le crâne, autrement dit de grandes idées pour changer le monde du catch et se couronner lui-même roi de ce monde. Quant à l'esthétique musciale, elle est ce que Downstait sait faire de mieux : du rock puissant, plein de détermination et de grandeur.

#2 - Marty Scurll - One True Villain (Epic Version de ROH Best In The World 2018)

S'il est plus souvent le rigolo de la bande dans Being The Elite, sur le ring, Marty Scurll n'a rien de drôle. Il est perturbant, angoissant même, dans ses mimiques d'Oswald Copplebot, un peu trop pingouin-esque, et dans le plaisir sadique qu'il joue en disséquant ses adversaires.

Comme pour le Thrill Switch de Pentagon Jr., son "theme song" sobrement intitulé One True Villain (adapté du plus puissant mais tout aussi malaisant, Party Is Dead, pour la RevPro) l'introduit avec brio. Sinistre, menaçant et anormal, cette musique techno est comme un mauvais présage - à l'image du masque de médecin de peste, en forme de crâne de corbeau, qu'il porte de plus en plus souvent lors de son entrée en scène. D'autant plus quand il était le cruel et despotique champion de la PROGRESS ou la malédiction de Will Ospreay à la Ring of Honor et la New-Japan.

La "cover" épique de l'excellent Dillon Spears, utilisée lors du Main-Event de ROH Best In The World 2018, rajoute une impression de grandeur terrifiante et de malheur insurmontable à venir - un Cross-Face Chickenwing implaccable !

#1 - Minoru Suzuki - Kaze Ni Nare

"Deviens le vent". Comme Ikari No Jyushin pour Jushin 'Thunder' Liger, Kaze Ni Nare d'Ayumi Nakamura (aucun lien) ne peut être séparé du Alternative Hall of Famer 2018, Minoru Suzuki, et réciproquement. J'en prends pour preuve la peur immédiate de ses fans lorsque la New-Japan lança un insipide "theme song" de groupe pour le Suzuki-Gun, craignant qu'il remplacerait le légendaire et transcendant Kaze Ni Nare.

En apparence, grandiose et impérieuse à l'instar du catcheur lui-même, ce titre est en réalité, dans ses paroles, une chanson d'amour mêlant espoir et désespoir, pleine de passion. La même passion et le même amour qui animent, en réalité, Minoru Suzuki, l'homme qui incarne l'impitoyable et psychopathique co-créateur du MMA. Mais au-delà du ton, au-delà de l'incarnation, Kaze Ni Nare est le thème musical de catch par excellence tant il fait participer les fans eux-mêmes à la majesté, le "roi du catch", en criant : KAZE NI NARE !!!

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