Il était une fois au Japon : Les origines de la "Puroresu"

Aujourd'hui beaucoup de personnes à travers le monde regardent de la "Puroresu", sans vraiment s'intéresser au origines de cette branche à part du catch, qui met en avant l'aspect sportif plutôt que le divertissement. De Kazuchika Okada à Rikidozan, en passant par Mitsuharu Misawa, Jumbo Tsuruta ou Antonio Inoki, le catch japonais regorge de moment culte et de catcheurs très talentueux qui ont changé à tout jamais le catch, que ce soit au Japon, mais aussi à travers le monde. La "Puroresu" n'a pas qu'affecté les fans de catch à travers le monde, surtout dans la période présenté, puisque au Japon des catcheurs comme Giant Baba ou Rusher Kimura sont devenu des icones de la pop culture japonaise.

Des origines floues

En 1884, un ancien sumotori connu sous le nom de Torakichi arrive aux États-Unis, Torakichi décide de s'entraîner pour devenir catcheur, ou il se fera connaître dans sa nouvelle discipline sous le nom de Sorakichi Matsuda (un mélange de son nom de sumotori, Torakichi et de son vrai nom Kujiro Matsuda). Sorakichi Matsuda devient alors le premier catcheur japonais, plus de soixante ans avant celui que beaucoup nomme le « Père de la "Puroresu" » Rikidozan.

Durant sa courte carrière de catcheur Sorakichi Matsuda (sur la photo ci contre), va connaître principalement, peut être même uniquement des défaites, mais il gagne quand même le respect de ses pairs, car malgré sa petite taille, il ne reculait jamais devant les autres catcheurs de son époque, généralement plus imposant et souvent plus entraîné. Après une carrière de sept ans sur le sol américain, Sorakichi Matsuda décide d'importer sa nouvelle discipline dans son pays natale, le Japon. Le public n'accroche pas et sa tentative d'importer le catch au Japon échoue, Sorakichi Matsuda décède peut après. Si sa tentative d'importer le catch au Japon à échouer c'est probablement car au Japon de l'ère Meiji (qui s'étend de 1864 à 1912, le Japon était gouverné par l'Empereur du même nom, après que ce dernier ait repris le contrôle du Japon au Shogunat Tokugawa qui avait regnait sur le Japon depuis 1600), les japonais étaient encore attaché à leur tradition, malgré l'occidentalisation de la société sur le modèle britannique, et les arts-martiaux sont parmi les traditions les plus populaires au Japon, ramener un autre style de combat au Japon créer par des occidentaux (il y avait des tensions) était impossible. Cette petite histoire peut paraître anecdotique, mais on sait que le catch au Japon existait avant l'avènement de Rikidozan, pour n'en citer que deux, la All Japan Women's Wrestling Club fondée en 1948, et la Kokusai Pro Wrestling fondée en 1951, donc il se peut que la tentative de ramener le catch au Japon de Sorakichi Matsuda en 1891 n'ait pas été un échec total et que le catch ait vécu dans l'ombre, pendant quelques années, il est très probables que les catcheurs n'en étaient pas à plein temps, bien souvent il devait s'agir de combattant d'autre discipline qui faisaient une petite tournée comme tel, pour revenir à la Kokusai Pro Wrestling elle a été fondée par l'un des plus grands Judoka de l'histoire, Masahiko KimuraQuoi qu'il en soit, en 1951 un autre sumotori d'origine Coréenne, Rikidozan, décide de partir aux États-Unis pour apprendre le catch. Le départ de Rikidozan est due à des discrimations envers les Coréen au Japon, ce qui l'empéchait de s'élever dans le sumo. Rikidozan lutte sous son nom de sumo, et pas sous son vrai nom, Mitsuhiro Momota, aux États-Unis pendant quelques années, il est souvent "heel". En 1953, après s'être taillé une réputation aux États-Unis, Rikidozan tente lui aussi d'importer le catch au Japon.

Un Héros parmi les Hommes

En 1953 quand Rikidozan retourne au Japon, il créer sa propre fédération, qu'il nomme Japan Pro Wrestling Alliance, Rikidozan s'inspire du Karaté Kyokushin est plus particulièrement de son créateur, Masutatsu Oyama, pour son propre style de combat, mais aussi du sumo, son ancienne discipline. Mais qu'est ce qu'avait la JWA que n'avait pas la Kokusai ou autre fédération de catch de l'époque ? Et bien, elles n'avaient pas le sens des affaires de Rikidozan.

Dès 1954, la JWA va connaître sa première véritable attraction, le premier succès du catch au Japon, Rikidozan doit affronter l'autre figure prominente du catch, Masahiko Kimura. D'après Masahiko Kimura, le match devait se finir en égalité, ce qui aurait permis à Masahiko Kimura et à Rikidozan de grandir sans que l'un surpasse l'autre, mais en plein milieu du match, Rikidozan commence à attaquer réellement Masahiko Kimura, notamment au niveau de la nuque, pour le mettre KO. Rikidozan remporte le combat et deviens la seule figure du catch au Japon. Rikidozan va alors battre de nombreux "gaijins" (le nom donné aux étrangers au Japon) à l'aide de son "Karate Chop" (sur la photo ci contre), dont la rumeur veut que ce soit Masutatsu Oyama lui même qui lui ait appris (en réalité c'est un coup issu du Sumo). Les victoires de Rikidozan, redonne de l'espoir au japonais, blessé dans leur égo et leur honneur par leur défaite lors de la seconde Guerre Mondiale contre les Américains. En 1957, Rikidozan doit affronter l'un des catcheurs américain les plus connu, Lou Thesz, qui était alors reconnu pour être le meilleur catcheur du monde. Le combat obtient un ratings impressionant de 87.0 points sur l'échelle de Nielsen, ce qui veut dire que 87% des japonais ayant la télévision ont assisté à la victoire de Rikidozan, apportant au catch japonais une légitimité internationale, et à Rikidozan le statut de héros national, il deviens le héros que les japonais avaient besoin d'avoir pour se réconforter de leur défaite lors de la Guerre, de la chute des deux bombes atomiques et de l'occupation américaine. Les combats étaient toujours "booké" de la même manière, un japonais "face" qui était brave et fort affronté un américain "heel" présenté comme moins fort que le japonais. La JWA avait des liens avec la National Wrestling Alliance, qui contrôlait tout le catch américain à cette époque, cette alliance permettait à la JWA de ramener des catcheurs américains, plus entraînés et meilleurs sur le ring que les japonais, qui eux étaient des anciens artiste martiales reconvertis en catcheurs, par exemple Toyonobori, le numéro deux de la JWA était un ancien sumo avant de devenir catcheur, mais il y avait aussi beaucoup de judoka comme Isao Yoshihara. Jusqu'en 1963, Rikidozan deviens de plus en plus populaires en collectionant les victoires, la JWA est alors la seule fédération de catch masculin au Japon, Rikidozan est donc la seule star du catch au Japon. Mais en 1963, Rikidozan est tué par un Yakuza, Rikidozan avait créer des liens entre les Yakuzas et le catch japonais, et à la suite d'un désaccord avec ces derniers, les Yakuzas décide de le tuer. La direction de la JWA est reprise par Toyonobori qui était le numéro deux, après Rikidozan, même si il était loin d'avoir la popularité qu'avait Rikidozan.

La nouvelle génération

Au début des années 1960, une nouvelle génération fait surface entraîné par Rikidozan et des catcheurs américains, les catcheurs japonais de cette époque deviennent les égaux des américains en terme de technique sur le ring, ce ne sont plus des artiste martiales devenu catcheurs, mais des catcheurs à part entière, les plus importants, sont Kanji Inoki, Shohei Baba, Kintaro Ohki et Rusher Kimura.

Après la mort de Rikidozan, le poste de président de la JWA est repris par Toyonobori, qui porte brièvement la JWA grâce à sa popularité, tout en donnant un "push" au trois élèves prodige de Rikidozan, Kanji Inoki, qui deviendra Antonio Inoki, Shohei Baba qui deviendra Giant Baba (sur la photo ci contre Antonio Inoki est à gauche et Giant Baba est à droite) et Kintaro Ohki, ce qui permet non seulement à la JWA de survivre après la mort de Rikidozan, mais aussi de rester la fédération dominant le catch japonais. Mais en 1966, Toyonobori perd son poste de président de la JWA, il décide de créer sa propre fédération, la Tokyo Pro Wrestling, il est rejoint par une petite partie du "roster", dont Antonio Inoki qui devient véritablement populaire à la Tokyo Pro Wrestling. De son côté Giant Baba deviens une immense star à la JWA, qui était toujours la fédération numéro un du Japon, il est rejoint très rapidement par Antonio Inoki, qui quitte la Tokyo Pro Wrestling pour retourner à la JWA. Giant Baba et Antonio Inoki vont former une équipe, sous le nom de B-I Cannon (B pour Baba et I pour Inoki), l'équipe domine la division par équipe de la JWA, Antonio Inoki et Giant Baba deviennent les plus grosses stars du Japon. Au début des années 1960, Kintaro Ohki devient une star dans son pays natale, la Corée (il était un Coréen qui avait immigré illégalement au Japon afin de devenir catcheur), mais il est loin d'avoir une popularité semblable à celle d'Antonio Inoki et surtout de Giant Baba qui est la véritable grosse star de la JWA. Après le départ d'Antonio Inoki, la Tokyo Pro Wrestling connait des problèmes internes entre Isao Yoshihara et Toyonobori, les deux dirigeants de la fédération, ce qui mène à la fermeture de la Tokyo Pro Wrestling, et Isao Yoshihara décide de créer sa propre fédération, la International Wrestling Enterprise qui va innover et marquer le catch japonais. La IWE va proposer le premier "Steel Cage Match" de l'histoire du Japon, mais elle va aussi faire venir les premiers catcheurs européens au Japon, le tout premier est le français Monster Roussimoff (plus connu sous le nom de Andre the Giant), mais elle va aussi faire venir l'anglais, Billy Robinson et l'allemand, Karl Gotch, qui va obtenir le surnom de Kamisama (Kami signifie Dieu, et Sama est le plus haut signe de respect au Japon), pour avoir marqué le catch japonais. La IWE va aussi avoir ses propres stars, tel que Rusher Kimura qui est devenu une grosse star au Japon, Animal Hamaguchi, qui va devenir quelques années plus tard l'un des entraîneurs les plus célèbres du Japon, ou encore Go Ryuma. Malgré toute l'innovation de la IWE, elle ne rattrapera jamais le niveau de popularité de la JWA, mais elle va marquer les esprits des japonais, qui essaieront d'innover au travers de leur propres fédérations (par exemple la New Japan Pro Wrestling, la Universal Wrestling Federation, ou la Frontier Martial-Arts Wrestling ont été fondée avec cette idée en tête). En 1972, Antonio Inoki tente de prendre le contrôle de la JWA, mais il échoue et est renvoyé, il décide alors de créer sa propre fédération la New Japan Pro Wrestling. Quelques mois plus tard, Giant Baba quitte lui aussi la JWA pour créer sa propre fédération la All Japan Pro Wrestling, à cause de l'endettement et des problèmes financiers de la JWA. Avec la perte de ses deux plus grandes stars, la JWA tente de regagner à nouveau les faveurs de la foule en donnant un "push" à Kintaro Ohki en tant que top star, c'est un échec et la JWA ferme ses portes en 1973, laissant la place à la All Japan Pro Wrestling de Giant Baba et la New Japan Pro Wrestling d'Antonio Inoki, avec chacune une vision différente de ce que doit être la "Puroresu". Antonio Inoki décide de s'influencer des arts martiaux pour son catch, créant le "Strong Style", il deviens un pionnier dans la création du MMA dès 1976, ou il affronte dans un match réel Muhammad Ali, un boxeur américain, la NJPW donne aussi sa chance au "Junior Heavyweight" (les catcheurs de moins de cent kilo), jusque là délaissé dans le catch, particulièrement au Japon. De son côté Giant Baba pense que le catch doit rester du catch et s'inspire directement du travail fournis par la JWA et du catch de la NWA, avec qui la AJPW tient des liens pendant longtemps. La IWE quant à elle ferme ses portes au début des années 1980, le "roster" se sépare en deux, une partie rejoint la AJPW, et l'autre partie la NJPW, c'est dans cette dernière que voit la première "storyline" d'invasion qui inspirera des "storyline" dans le future comme celle de la nWo à la WCW dans les années 1990.

C'est avec la création des deux plus grandes fédérations de l'histoire de la "Puroresu", que le catch japonais prend une nouvelle directive. Dans les années 1950, les japonais avait besoin d'un héros du peuple qui pourrait redonner confiance au japonais, et Rikidozan fut ce héros, permettant au catch japonais de devenir l'un des sports les plus populaires du Japon dès les années 1950. Ses successeur, Antonio Inoki et Giant Baba entraîneront les stars du future comme Jumbo Tsuruta, Mitsuharu Misawa, Tatsumi Fujinami ou Keiji Mutoh, qui perpetueront la popularité de la "Puroresu" pendant plusieurs décennies, et encore aujourd'hu, la "Puroresu" continue sa route porté par des catcheurs comme Kazuchika Okada ou Naomichi Marufuji.

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